Le point de départ

Article écrit à quatre mains, avec Indira

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Ne l’oublions pas, notre tour du monde a pour thème les arbres. Aussi, la semaine précédant notre départ, en plein cœur du Morvan, lorsque nous avons entendu parlé de tree climbing, nous avons sauté sur l’occasion. Nous avons tout de suite pensé que cette aventure serait le point de départ de notre tour du monde, de notre odyssée des arbres.

Le treeclimbing, c’est génial ! Ca consiste à apprendre à grimper dans les arbres en les respectant. L’accro-branche par exemple, c’était ça au début ! Mais on a facilité les choses en les rendant plus ludiques et faciles comme elles se trouvent aujourd’hui, pour transformer l’activité en parc d’attraction. Le tree climbing, lui, ne doit pas laisser de traces dans les arbres, pour ne pas les blesser.
Nous sommes montés à un petit peu moins de 20 mètres, certains ont laissé tomber avant l’arrivée, d’autres voulaient continuer encore plus haut ! Au début, j’avais peur de devoir trop forcer, mais c’était sans problème, parce qu’il y avait des systèmes auto-bloquants. On a joué à s’accrocher aux énormes branches d’arbres, mais pour se relâcher, c’était plus dur. Et donc évidemment, en descendant,
courageux comme nous sommes, Lounès, Athéna et moi, on à joué avec les cordes, on s’est balancés, on a fait des figures, on s’est attrapés les cordes… enfin bref, je vous recommande fortement le TreeClimbing !!

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Durant l’initiation, Olivier, éducateur en grimpe d’arbre, prend le temps de faire découvrir les arbres aux enfants. Ainsi, ils apprennent que les branches les plus basses, devenues inutiles sont abandonnées par l’arbre qui leur coupe l’accès à la sève. Elles tombent alors, laissant des cicatrices visibles dans le tronc. Ensuite, munis d’un stétoscope, chacun se met à l’écoute d’un arbre et peut ainsi entendre la sève qui monte en lui. Autant de découvertes qui leur donnent ensuite envie de grimper jusqu’ à la cime !

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Un ticket pour Dharavi

Cet article a été écrit à six mains. Les passages en italique sont d’Athéna et Indira.

« -3 tickets to Mahim please
-you want to go to the church?
-no, to Dharavi
-… »

Très intriguées par ce plus grand bidonville d’Inde, Athéna et Indira ne voulaient même pas mettre les pieds à Mumbai lorsque nous préparions le voyage. J’avais alors décidé au contraire que le voyage commencerait par là, et que nous irions visiter Dharavi.

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Je trouve sur internet l’agence « reality tours and travel », qui organise des visites de Dharavi en petits groupes, afin de changer l’image que l’on peut avoir d’un bidonville. Les habitants ne restent pas assis à rien faire toute la journée. Dharavi est riche d’activités commerciales et produit plus de 660 millions de dollars par an. C’est justement cette activité qui rend Dharavi si différent des autres bidonvilles. L’agence veut donc en montrer le côté positif et dynamique ; nous prenons nos tickets pour vendredi matin. Si les photos sont strictement interdites lors de ce tour, nous obtenons quand même une autorisation pour qu’Athéna et Indira puissent partager leur expérience avec leurs camarades de classe. Je dois demander l’accord de notre guide « Champ´ » (« like Champion ») avant chaque prise. Très frustrée par le nombre d’images qui m’échappent, je comprends néanmoins que j’ai obtenu une faveur exceptionnelle.

Accompagnées de trois américains, la visite commence pour deux heures. Aladin et Vénus sont restés à la maison.

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Les visites de l’agence sont pour soi-disant nous faire changer d’opinion sur les bidonvilles et en particulier Dharavi. Oui parce que nous on croyait que Dharavi était un bidonville comme les autres, avec des maisons en bidons, plastiques et ferrailles. Et bah pas du tout. Dharavi c’est plus que ça ! Ca fait depuis le 18e siècle qu’il existe. Toutes les maisons sont en béton, il y a des supermarchés, des transferts d’échantillons de plastiques partout dans le monde, des salles informatiques, du recyclage d’aluminium… Enfin bref ils ont tout quoi !

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Les bidons de peintures ou autres produits seront recyclés. Les plastiques durs arrivant ici sont transformés en granules, et revendus.

Indira poursuit l’explication :
On a commencé par visiter la partie commerciale, on a appris que des pays des quatre coins du monde envoyaient à Dharavi de vieilles pièces en plastique (ordinateurs, téléphones, télévisions, verres en plastiques usés, cadres d’écrans, etc.) que les habitants recyclent à l’aide de leurs grosses machines, pour en faire de petits bouts de plastique. Par ailleurs, les femmes sont moins bien payées que les hommes.

Les ouvriers la-bas travaillent sans aucune sécurité, ni pour les yeux, ni pour les mains… Ce qui est très dangereux. complète Athéna.dej13-tdm04-num-113

On a vu aussi des couturiers qui créaient des vêtements pour le nord de l’Inde, des personnes qui fabriquent du cuir, des potiers, des « boulangers » (ils ne font que les gâteaux secs, Khari, biscuits indiens utilisés pour le thé ou le café), des dames qui cuisinent des feuilles de Papad, c’était sympa !

Mais est venue la partie plus difficile de Dharavi : nous sommes passés dans une  »ruelle » (pour ne pas dire passage) si petite et si étroite que l’on a dû se resserrer et se baisser pour pouvoir avancer. Le monde avait l’air tout petit. Il y a avait à peine 1 m 50 de largeur de rue. Il faisait très noir et seule la lumière des maisons qui sortait par l’ouverture de la porte laissait une possibilité de voir devant soi. Les habitations faisaient à peu près dix mètres carré par étage et c’était sombre, très sombres, malgré leur électricité.
Ils ont trois heures d’eau par jour, ils doivent donc remplir des tonneaux pour tenir une journée.

Au final, les avis dans la famille sont partagés :

Papa n’avait pas voulu venir parce qu’il trouve que les gens ici sont trop exploités, et que le monde est trop inégal. Il a du mal à supporter ces injustices. C’est vrai que leur vie est vraiment difficile, ils sont très pauvres, et travaillent dans des conditions très dures.

Maman, elle, trouve ça formidable de trouver la force d’être dynamique et productif dans de telles conditions de vie. C’est pour ça qu’elle a voulu nous montrer dharavi.

Moi, Athéna, je trouve que la vie n’a pas l’air si compliquée que ça, ils ont de quoi se nourrir, de quoi boire, des véhicules, pour certains de quoi gagner de l’argent. Je ne dis pas qu’ils ont la vie en rose, simplement qu’ils ont le minimum pour vivre. Voila ce que je retiens de la visite et ce que je pense qu’est Dharavi au fond…

Moi Indira, j’ai trouvé que cette visite était géniale. D’après le guide, si on avait tout visité, ça aurait pu faire deux jours de visite, mais, ces deux heures m’ont suffit pour comprendre que ce n’était pas du tout comme je l’imaginais : je m’attendais plutôt à un gros bidon-ville avec de petits chemins, des maison en bâche, toile, et peut-être un peu en bois, toutes entassées les unes sur les autres…

Nous avons aussi appris qu’ici, les hommes gagnent au mieux 150 roupies par jour (moins de deux euros) pour douze heures de travail, et les femmes encore moins. À Dharavi, comme dans les 2000 autres bidonvilles de Mumbai, il y a un toilette public pour 1 500 habitants. 1% seulement de la population ont leurs propres toilettes, et 70% utilisent la rue, les terrains publics, les canalisations ou les tas d’ordure pour déféquer. En découlent évidemment des maladies importantes telles que la malaria, la dysenterie, le choléra ou la typhoïde. L’accès aux soins n’étant pas gratuit, il reste compliqué pour les habitants de Dharavi.

Dans cette ville de la taille de cinq cent terrains de foot, vingt fois plus dense que le reste de Mumbai, une des densités les plus élevées du monde (570 000 habitants par km2), cohabitent plus d’un million d’indiens, avec leurs différences, leurs richesses, leurs faiblesses et leurs travers, partageant une vie que l’on ne peut pas imaginer en deux heures de temps.
On ne peut pas non plus imaginer l’avenir de Dharavi. En 2004, le gouvernement a lancé un plan de réhabilitation. Il prévoyait de reconstruire des logements neufs, gratuits pour les habitants installés avant 1995, à vendre pour les nouveaux venants. Pour des raisons de corruption, et de travers humains, ce plan n’a jamais abouti. Par ailleurs, rien n’avait été envisagé pour les entreprises qui auraient dû quitter les lieux.
Une autre solution consisterait à réhabiliter Dharavi avec la participation de ses habitants, quartier par quartier. À eux alors de prendre en charge les services de collectes d’ordures, les sanitaires, etc. Rien n’est prévu à ce jour …

Notons ici que 80% des recettes des visites de « reality tour and travel » retournent à Dharavi via une ONG proposant notamment des formations à de jeunes adultes (anglais, informatique, et développement personnel).

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Dans les locaux de « Reality tour and travel », Indira et Athéna remplissent un questionnaire de satisfaction.

Fraternité franco-indienne

Certainement touchée par la première impression que nous avons de l’Inde, Shariva fait tout pour changer notre opinion. Francophone émérite, tout autant que francophile, elle s’est dit que ça serait vraiment sympa si nos enfants devenaient frères et sœurs ! Ça tombe bien, ce soir c’est la pleine lune, et on célèbre dans toute l’Inde Raksha Bandhan.

 

Non contente d’avoir scellé le pacte de la fraternité, Shariva nous emmène le soir chez Zuni. Zuni a douze ans et apprend le français avec Shariva depuis plus de deux ans. Nous l’avions rencontrée cet hiver à Paris, où elle était venue avec sa tante Tanuja pour un stage de langue d’une semaine. Nous avions bu un chocolat chaud aux deux magots et avions passé de bons moments dans le froid de la capitale. C’est maintenant par une trentaine de degrés que nous nous retrouvons sur leur agréable terrasse avec vue sur la mer. Shariva, une fois de plus, noue le lien, cette fois de l’amitié franco indienne, entre Athéna, Indira, Zuni et ses amies.

Welcome in Mumbai !

« AC or non AC ? »
Pas de clim, merci. Il ne fait finalement pas si chaud, autant plonger dans l’ambiance direct.
« Ok, for five people, you need two taxi ».
Merde me dit Alad, on se sépare ?
Aladin embarque Athena dans un taxi prepayé, et je monte dans l’autre avec Indi et Vénus qui s’endorment direct sur la banquette arrière. Et là commence pour moi la demi heure la plus longue de ma vie. Je viens de lâcher Alad et Athéna dans un taxi indien avec l’adresse approximative de Shariva sur un vieux bout de papier. J’ai oublié de leur donner leurs passeports, ils n’ont pas de téléphone, et quinze heures de voyage sans dormir dans les pattes. S’ils ne trouvent pas l’appart de Shariva, je n’ai strictement aucun moyen de les rechercher ou les retrouver.
Tous les scénarios me traversent la tête pendant ce trajet le plus long du monde. Tous les scénarios, sauf un : Shariva m’attend devant le restaurant « good luck », pour nous mener jusqu’à chez elle. Aladin et Athena nous y attendent depuis cinq minutes. On a l’impression de se retrouver après trois jours de séparation. Tout autant terrorisé que moi par ce trajet en solo, on prévoit avec Alad d’aller s’acheter deux cartes sim dès lundi. Mais le lundi ici tout est fermé …

Welcome in Mumbai.

Après une bonne nuit réparatrice, on sort dix minutes avec Alad, histoire de repérer le quartier et d’apprendre à traverser les rues avant de se lancer avec nos trois filles. (La musique de la vidéo est d’Aladin, inspiré par mumbai).

Le soir, petite balade à la plage, à la grande joie de Vénus qui n’a toujours pas quitté le tshirt de plage offert par Zéphyr. Belle plage de ville, recouverte de pétrole depuis une récente marée noire. Ce qui n’empêche pas les amoureux de venir s’y promener, mais pas question bien sûr d’y tremper même un doigt de pied. Le plus dur est de ne pas glisser sur les rochers.

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Welcome in Mumbai.

Puis le lendemain, pour finir la découverte du quartier, nous allons faire du shopping sur la Hill road. Athéna s’en souviendra longtemps.

Welcome in Mumbai.

Bandra west est un quartier résidentiel et privilégié. Shariva habite dans une rue arborée où la clim naturelle nous fait perdre trois degrés dès qu’on y rentre. Juste en face d’un célèbre studio bollywoodien. Aladin se croit à beverly Hill, et nous profitons des journées d’hospitalité de Shariva et Nilesh pour apprendre à se mettre dans un bon rythme.

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Welcome in mumbai !

Chat étonné

Tout comme son ami drôle de tête, « chat étonné » est sur le départ Gare du Nord. Sa marraine nadia est venue l’accompagner. Vous pourrez retrouver ses aventures autour du monde tout au long de l’année.
Avec sa classe de grande section de la rue Olivier Métra, Nadia correspondra et fera tout un projet pédagogique sur le tour du monde. Une correspondance à suivre, qui promet !

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Le grand départ

Et voilà le jour J arrivé… Difficile à réaliser, depuis le temps qu’on en parle… On a soudain l’impression d’être propulsés vers l’inconnu. Portés par tous les préparatifs, on n’a même pas eu le temps de se poser la question si on s’inquiétait ou non. En tout cas, le 13 août à la gare du nord, il est de toute façon trop tard pour se poser quelle question que ce soit. On y va, et puis voilà !